Troubles psychiatriques rencontrés en consultation de psychopathologie du travail au Centre hospitalier universitaire d’Angers

A. Ragot, M-P. Guiho-Bailly, M. Tanguy, B. Gohier, J-B. Garré, Y. Roquelaure Santé Publique, 2013, vol.25, n°6 pp. 729-736. Références
Une étude rétrospective a été menée à partir de 168 dossiers de salariés des Pays-de-la-Loire, adressés à la consultation de psychopathologie du travail par les services de médecine du travail pour avis sur les diagnostics psychiatriques, l’aptitude des patients à poursuivre leur poste ou sur l’opportunité d’une déclaration en maladie à caractère professionnel.
Les patients ont été évalués cliniquement par un seul psychiatre sans recours à des échelles d’évaluation validées.
La population est essentiellement féminine (65,5%) et l’âge moyen est de 43 ans. La catégorie socioprofessionnelle des employés est majoritaire (68%) et les branches professionnelles de la santé et de l’action sociale, du commerce et de l’industrie manufacturière sont les plus représentées.
Le temps moyen entre le début des faits à l’origine des difficultés psychiques et la consultation de pathologie professionnelle est long (27 mois) et la durée moyenne des arrêts de travail est supérieure à 16 semaines.
45% des patients présentent un épisode dépressif majeur, mais plus souvent les cadres (57,9%) et les ouvriers (60%) que les autres catégories professionnelles et 51% présentent des troubles anxieux (42,1% pour les cadres et 66,6% pour les ouvriers).
17,5% des patients sont en épuisement professionnel : les cadres par le burn out (36,8%), les ouvriers par l’état de stress post-traumatique (20%) et le diagnostic de stress lié à l’emploi est retenu chez 15,5% de l’effectif total.
Le lien entre troubles psychiques et travail est fort, notamment pour l’état de stress post-traumatique ; les facteurs organisationnels (économiques, managériaux et les relations de travail) sont plus souvent en cause.
38% des salariés reconnaissent avoir eu des idées suicidaires.
46% des patients n’ont pas d’antécédent psychiatrique, 74% prennent un traitement psychotrope mais seuls 32% bénéficient d’un suivi psychothérapique.
52,5% des salariés peuvent prétendre faire reconnaître leur malaise psychique en maladie à caractère professionnel et un avis médical d’inaptitude définitive à tout poste dans l’entreprise est recommandé pour 41,1% d’entre eux. Cette procédure aboutit à une perte d’emploi et compromet l’avenir (en 2003, sur 62 patients mis en inaptitude, un tiers seulement avait retrouvé un travail à un an, les autres étaient au chômage ou en arrêt longue maladie).
Le décalage noté entre l’apparition de la souffrance psychique au travail et sa prise en charge peut être attribué à un manque de sensibilisation et de formation de certains acteurs de soins. Les salariés doivent reprendre confiance en leur médecin du travail et en sa capacité d’agir au sein de l’entreprise.
La mise en place de réseaux de soins spécifiques semble indispensable pour résoudre le problème majeur qu’est la souffrance psychique au travail.
(publié le 30 janvier 2014)