Workaholisme
Enquête au sein d’une population de salariés parisiens

L. Taghavi Références en Santé au travail, 2012, n°131, pp.33-39. Bibliographie
Le workaholisme désigne l’addiction au travail. Le sujet workaholique ne délègue pas son travail et s’insère mal dans une équipe, ce qui est générateur de conflits avec les collègues. Favorisent la survenue de cette addiction : une personnalité sous-jacente et certaines conditions de travail.
En raison du peu de données sur le sujet, un centre interentreprises parisien a décidé de mener une enquête d’avril à juillet 2010 auprès de 51 salariés (27 femmes et 24 hommes), exerçant dans le secteur tertiaire et reçus par le médecin du travail pour une visite périodique.
L’enquête a été réalisée sous forme d’un auto-questionnaire comportant 4 parties : informations concernant le salarié, questionnaire WART (Work addiction risk test), outil visant à détecter et à quantifier le workaholisme, questionnaire HADS (Hospital anxiety and depression scale), outil visant à identifier une symptomatologie anxiodépressive et à en évaluer la sévérité, questionnaire annexe (consommation tabac, alcool, médicaments psychotropes, auto-évaluation du niveau de satisfaction au travail, auto-évaluation du niveau de satisfaction dans le couple, existence ou non de reproches de la famille sur le caractère excessif du travail.)
Les résultats montrent que 54% des salariés présentent un risque de workaholisme, ce risque étant élevé pour 12% d’entre eux. Le profil type est une femme de 38 ans vivant en couple avec enfant(s). Le risque moyen ou élevé de workaholisme est significativement associé à l’anxiété. Mais malgré cette anxiété, le niveau de satisfaction au travail est normal chez 70% des sujets, ce qui porte à croire que l’échantillon est essentiellement constitué de "workaholiques enthousiastes", c’est à dire "ayant un investissement élevé dans le travail, une pression interne à travailler élevée et une satisfaction au travail élevée." 86% des sujets de l’échantillon sont satisfaits de leur vie de couple ; 52% des sujets à risque de workaholisme ont déjà eu un reproche de leur conjoint et 67% de leur enfant. Selon les auteurs, les reproches de la famille pourraient être un indicateur de workaholisme.
Les données recueillies lors de cette enquête sont différentes de celles retrouvées dans la littérature internationale où l’on trouve généralement une population essentiellement masculine, d’âge inférieur à 40 ans pour 65% des sujets, et bénéficiant de revenus élevés ; les études confirment que les sujets workaholiques présentent des scores de stress professionnel plus élevés que les autres salariés et le syndrome d’épuisement professionnel est l’un des risques majeurs du workaholisme.
(publié le 22 novembre 2012)