Au-dela du stress, la demande émotionnelle
Recevoir du public, un facteur de risque d’alcoolisme

M. Bouvard-Gouffant à partir d’un entretien avec le Dr G. Airagnes Le Quotidien du Médecin, 2019, n°3792, p.13

L’exposition professionnelle au public peut " nécessiter de neutraliser ses propres émotions, faire face à des réactions hostiles voire agressives ou montrer des émotions différentes de celles qu’on ressent". Ces situations définissent la demande émotionnelle au travail qui s’inscrit dans le groupe des risques psychosociaux.
Dans le cadre de la cohorte Constances qui inclut plus de 200 000 adultes de 18 à 69 ans, 10 323 hommes et 13 318 femmes ont été identifiés vivre cette situation entre 2012 et 2016.

Chez les hommes, "la forte demande émotionnelle était associée à un risque augmenté de présenter des conduites de binge drinking (plus de 6 verres d’alcool en une occasion ) au moins une fois par mois. Les femmes couraient le risque d’une "consommation d’alcool hebdomadaire excessive, avec une susceptibilité doublée à la dépendance, et une augmentation de la consommation de tabac et de cannabis".

Une autre étude de la même cohorte a montré dans ces mêmes circonstances, "un risque augmenté d’usage chronique de benzodiazépines chez les hommes comme chez les femmes. Ces relations étaient doses-dépendantes".

"Ces associations étaient retrouvées quels que soient la catégorie socio professionnelle, la symptomatologie dépressive et l’état de santé général".

S’installe un cerce vicieux. Le salariés subissant une forte demande émotionnelle augmentent leur consommation pour mieux supporter le stress ou améliorer leurs performances mais a contrario, l’alcool dégrade la qualité des échanges avec le public, majorant ainsi la demande émotionnelle.

Il convient de prendre très au sérieux cette situation et de repérer très précocement les conduites addictives. Tout en organisant le travail de façon à réduire la demande émotionnelle, il faut développer des moyens d’information et de prévention du mésusage de l’alcool.

(publié le 17 mars 2020)