La peur au temps du Covid-19

L. Plévert, M. Germain La Recherche, 2020-2021, n°563, pp. 69-75

Toutes les études sont concordantes mettant en avant une augmentation des troubles anxio-dépressifs à travers le monde en lien avec la pandémie de Covid-19.
Au début du premier confinement, en France le pourcentage de personnes anxieuses a atteint un pic de 26,7%. L’anxiété correspond à une réaction de sauvegarde face à un éventuel danger et se traduit par un excès d’adrénaline, puis de cortisol pour conférer à l’individu, un surcroit d’énergie. L’anxiété est salutaire tant qu’elle est fugace, mais si elle s’installe, des effets délétères surviennent sur le système immunitaire et les capacités cognitives.
Les premiers impactés sont les plus précaires, les personnes atteintes de maladies mentales, les anciens malades de la Covid-19 en raison de l’action neurotrope du virus ; mais tout le monde peut être atteint de troubles de stress post-traumatique (TSPT).
Pour tout un chacun, la pandémie laissera des traces. Elle a réveillé des peurs, celle de la mort mais aussi celle de l’avenir et notamment celle d’un effondrement général.
A chacun sa stratégie pour préserver sa santé mentale (yoga, méditation, sport, lecture, marche ...). Mais "l’association suisse de promotion de la santé mentale (MINDS) souligne que 60% de l’état psychologique d’une personne ne dépend pas de ses caractéristiques individuelles ... mais de facteurs sociaux et environnementaux" ... ; " Il s’agit de protéger le maillon faible pour que la société garde au mieux sa cohésion".

Sur le plan neuroscientifique, des travaux sur la souris ont montré qu’une oscillation de fréquence de 4 Hz se développait dans deux régions du cerveau en cas de danger : le cortex préfrontal puis l’amygdale. Cette découverte ouvre une perspective thérapeutique pour les troubles graves de l’anxiété. Les chercheurs envisagent de stimuler des cellules inhibitrices (les neurones corticaux exprimant la parvalbumine) avec des fréquences élevées (200 Hz) qui sont les seules à réagir à ces fréquences. Il existe actuellement des techniques de stimulation transcrânienne qui permettent d’appliquer une stimulation à très haute fréquence sur une partie très ciblée du cerveau. Elles permettraient d’activer ces cellules inhibitrices dans les phases très particulières de l’oscillation 4 Hz, inhibant ainsi l’activité des cellules excitatrices. Mais il faudra encore du temps pour développer ce procédé.
Intéressons nous à l’hypothalamus qui est impliqué dans le contrôle de la peur grâce à des neurones qui libèrent de l’ocytocine (hormone connue pour apaiser). Il ne sera pas possible de traiter l’anxiété par l’ocytocine car elle se dégrade rapidement en quelques minutes dans l’organisme, mais il est possible de synthétiser des molécules qui ont le même mode d’action mais avec une durée de vie de 6 heures dans l’organisme. Les espoirs sont permis.

(publié le 26 mars 2021)