Le bore-out, nouveau risque psychosocial ?
Quand s’ennuyer au travail devient douloureux

S. Bataille Références en Santé au Travail, 2016, n°145, pp. 19-27. Bibliographie
Le bore-out est un nouveau risque pyscho-social, une souffrance psychique durable imputable à l’ennui au travail.
A l’origine du problème : des réorganisations entraînant des postes en doublon qui se vident de leur contenu et des salariés qui espèrent un nouveau poste après avoir effectué la passation de leur dossier.
3 causes principales sont identifiées : l’organisation du travail (y a-t-il une charge de travail suffisante pour chaque collaborateur ?), le savoir-faire (le salarié a-t-il le niveau de formation adéquat), les motivations (le salarié a t-il des centres d’intérêt, des envies, de l’ambition ?). De fait, les salariés se retrouvent au placard : placard social (l’emploi est sauvegardé mais il est vidé totalement de son contenu), placard "libéré" ( le salarié n’a pas de mission, pas d’objectif, mais pas de contraintes), le chargé de mission (qui n’a pas de rattachement hiérarchique clair et pas de contenu de mission tranché).
Ce risque psycho-social de plus en plus fréquent est mal assumé par l’employé. Ce bore-out s’installe insidieusement dans une chronicité et le salarié souffre d’ennui, de lassitude, d’inutilité sociale mais n’ose pas se plaindre afin de préserver son emploi et son honneur. Mais ce contexte particulier (se sentir inutile et être honteux d’empocher un salaire sans travailler) épuise le salarié et l’expose aux accidents cardio-vasculaires (la fréquence est multipliée par un facteur 2,5 dans cette catégorie de travailleurs) et à la dépression.
Comment faire lorsqu’on ne trouve plus l’énergie pour en sortir ? Il faut inciter le salarié à faire de l’ennui, un levier d’action et lui conseiller de "profiter" de ce temps pour faire des formations, des rencontres professionnelles, activer son réseau social et se créer un projet. Il aura alors la reconnaissance dont il a tant besoin.
Le médecin du travail est légitime pour alerter sur les risques d’usure par l’ennui. Il doit aussi réveiller le salarié et l’inciter à sortir de cet état en lui conseillant les bons relais dans et hors de l’entreprise.
Les services RH ont un rôle à jouer, ne serait ce que par le biais des entretiens d’évaluation qui permettent de faire un bilan de l’année écoulée et de faire un point sur les évolutions du poste et les entretiens professionnels obligatoires tous les deux ans. Une demande de bilan de compétences peut apporter une solution.
" Sortir du bore-out par la réalisation de soi (de son projet) est d’abord une question de temps, de méthode et de réflexion concertée ".
(publié le 24 novembre 2016)