Le management du bonheur au travail est -il du "greatwashing " ?

T. Chakor, J-C. Vuattoux Liaisons Sociales magazine, 2020, n°214, pp. 46-47
La santé mentale des salariés est devenue un sujet de préoccupation pour les employeurs qui ont mission de mettre tout en œuvre pour prévenir les risques psychosociaux. Des outils d’évaluation ont été créés pour " mesurer " la santé psychosociale des collaborateurs afin de mettre en place des plans d’action.
Mais selon les auteurs, cette approche par les risques ne prend pas en compte la dimension organisationnelle et les outils utilisés n’ont pas la capacité à mettre en lumière les causes profondes des risques.
La notion de qualité de vie au travail ( QVT) est apparue à partir des années 2010, autour de concepts plus positifs, tels que le bien-être et le bonheur au travail. Cela sous-tend, outre l’absence de pathologie associée, "le ressenti de l’individu de son environnement de travail, sa satisfaction et l’épanouissement qu’il peut en retirer". Sont ainsi pris en compte divers paramètres tels que l’ambiance, la culture de l’entreprise, l’intérêt du travail, l’égalité, le droit à l’erreur, la reconnaissance ......
Les entreprises ont alors largement communiqué sur les actions qu’elles engagent pour avoir des salariés heureux alors que parallèlement, les arrêts de travail en lien avec la santé mentale continuent à augmenter.
Les auteurs parlent alors de "great washing" qui se définit comme "le découplage progressif entre réalités internes et affichage externe de la santé au travail par l’entreprise". Selon eux, des artifices sont créés pour rendre les gens heureux (tables de ping-pong, baby-foot, séminaires ludiques), mais tout le monde n’y souscrit pas et "cette injonction au bonheur tend à rendre les individus responsables de leur propre malheur, tout ayant été fait, du moins en apparence, pour les rendre heureux".
Pour les auteurs, l’essentiel est ailleurs et ce sont les sujets tels que "l’activité de travail, son organisation, ses difficultés et ses paradoxes" qui doivent être au cœur des démarches de prévention en santé au travail.
(publié le 26 novembre 2020)