Le surinvestissement : une nouvelle maladie ?

V. Kovess-Masfety, L. Saunder Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2017, vol.78, n°5, pp. 402-411. Bibliographie
En tête des facteurs de risque des risques psychosociaux, figure le temps de travail qui peut atteindre pour certains 9 à 11 heures par jour ou 50 à 60 heures par semaine.
Le risque de surinvestissement serait en partie contractuel, suscité par le contexte social, les conditions du marché du travail et les nouvelles modalités du travail qui facilitent la porosité vie professionnelle - vie personnelle.
Il est bien établi que des horaires de travail prolongés comportent un risque pour la santé (hypertension, maladie cardiovasculaire, fatigue, stress, dépression, troubles musculo-squelettiques, infections chroniques) sans compter le risque majoré d’accidents du travail ou de maladies professionnelles.
Le déséquilibre entre efforts-récompenses entraîne des émotions négatives impactant la santé, et ce d’autant plus que les conditions structurelles et personnelles agissent de concert. Les interactions entre personnalité et travail sont importantes. Les efforts sont de deux sources : extrinsèques, définies par les contraintes professionnelles dues aux conditions de travail, et intrinsèques qui correspondent à un engagement excessif dans le travail qui est un trait de personnalité.
Le surinvestissement devrait se mesurer.
Différentes échelles ont été proposées avec des résultats plus ou moins intéressants. Une version courte du modèle de Siegrist comporte 6 items et plus le score est élevé, plus la personne se surinvestit. Il apparaît que les hommes et les femmes de 45-54 ans ont les scores les plus élevés.
Le surinvestissement a des effets spécifiques sur les troubles musculosquelettiques, le rythme cardiaque, l’épuisement de "l’énergie vitale", la détresse psychologique et les symptômes dépressifs.
Quelle frontière entre surinvestissement au travail et addiction du travail ? "Les employés qui sont très investis dans leur travail ont un bien-être élevé, une bonne santé et un niveau élevé de satisfaction dans leur vie ainsi que de bonnes performances au travail tandis qu’au contraire, les employés souffrant d’addiction au travail ont des problèmes de santé et un bas niveau de satisfaction de leur vie et de leur travail accompagnant de mauvaises performances. L’investissement au travail doit dès lors, être encouragé et l’addiction au travail doit bénéficier de mesures préventives en restant conscient des différences de signification suivant les positions professionnelles et du respect des modalités d’investissement professionnel des personnes. Il est important aussi de porter un regard sur les modalités de l’organisation du travail qui peuvent entrer en résonance avec les fragilités individuelles.
(publié le 11 janvier 2018)