Motivation au travail

Dossier coordonné par J-F Dortier Sciences humaines, novembre 2018, p.32-51
L’objectif de ce dossier est d’explorer les multiples ressorts de la motivation au travail et les raisons de sa chute brutale.
Les frustrations viennent des nombreuses pressions économiques (exigences de rentabilité, augmentation des charges de travail, management de l’urgence et réactivité permanente) mais aussi de la détérioration des ressources humaines ou de la routine qui s’installe.
Les facteurs de la motivation sont multiples, changeants, variables avec les évènements, les évolutions et il n’est pas de recette unique pour la trouver.
Trois moyens existent pour faire face à la frustration : la contestation (combattre), l’évasion (fuir) ou l’adaptation (accepter sans se résigner et faire face). C’est-à-dire utiliser une palette de stratégies telles que réinvestir différemment son travail en s’aménageant de petits espaces de liberté et en se fixant des défis modérés, changer son regard sur le monde et sur soi et porter un œil neuf sur ce qui empoisonne.
Il faut apprendre à s’attaquer aux situations problématiques et lutter contre le repli sur soi et l’évitement. Il faut fuir la politique de l’autruche et savoir affronter ses démons : apprendre à dire non, s’affirmer, recadrer sans violence ni conflit ses collègues de travail ... Le sentiment d’être utile aux autres, aux collègues comme aux clients est un enjeu central.
La motivation peut aussi s’améliorer par un changement des conditions de travail.
Il faut aussi comprendre la portée des engagements professionnels qui peuvent entrer en conflit avec la vie personnelle et avoir in fine un impact sur la motivation.
Enfin de nouveaux codes de management sont en place : le salarié n’est plus considéré comme un "agent" (simple exécutant), mais comme un "acteur assigné" qui interprétera son rôle de manière souple, voire un "sujet autorégulé" qui investira toute sa personne dans son travail. "Le travailleur est vu comme un complexe de compétences à mobiliser en vue d’une plus grande polyvalence et réactivité au travail ". Bien que les salariés se croient autonomes, il existe nombre de contrôles et mesures omniprésents (courriels, réunions, échanges informels, reporting et évaluations). Ce nouveau monde du travail peut être dangereux pour l’intégrité psychologique des travailleurs.
Enfin nombre de travailleurs se plaignent de fatigue à différents niveaux : physiologie, cognitif, émotionnel. La fatigue est bien un dénominateur commun au bore out (ennui) et au burn out ( épuisement au travail).
La fatigue en soi n’est pas une pathologie et il n’y a pas lieu de la "sur psychologiser" ou de la surmédicaliser. C’est un symptôme non spécifique et extrêmement banal qui mériterait d’être plus largement étudié comme le font les "studies" anglo-saxonnes qui utilisent tous les courants disciplinaires.
Enfin il serait important de cultiver "la niaque" pour s’épanouir dans son travail ou ses loisirs. C’est la pugnacité qui semble le plus à même d’expliquer la réussite. Il faut avoir en tête l’objectif final, quitte à renoncer à des buts intermédiaires et les plus tenaces seraient au final les plus heureux !
(publié le 8 février 2019)