Quand la compassion rend malade

P. Zawieja Sciences Humaines, 2017, n°293, pp. 32-35. Bibliographie
La compassion est une qualité attendue des personnels de soins.
Face à l’empathie qui correspond à la capacité de percevoir ce que ressent autrui, ses émotions ou sa douleur, la compassion est une aptitude à se laisser affecter par un autre que soi ; c’est une émotion qui met en mouvement pour venir en aide à l’autre sans se substituer à lui et en lui laissant son statut de sujet agissant et autonome. "Cette dimension à la fois relationnelle et intentionnelle se révèle sollicitude ..... mais ce lien est aussi une ligne de fragilité menaçant de se rompre à tout moment".
"Cette fatigue compassionnelle s’accompagne d’un sentiment d’impuissance, de confusion et d’une sensation d’isolement voire d’abandon de la part des soutiens institutionnels ". Elle résulte à la fois d’un burnout et d’un traumatisme secondaire.
Les symptômes de cette fatigue sont non spécifiques : épuisement résistant au repos, troubles du sommeil, céphalées et dorsalgies, troubles digestifs, etc... mais elle peut engendrer conduites addictives, achats compulsifs, irritabilité, mise à distance, voire retrait social.
Deux autres facteurs de risque de la fatigue compassionnelle sont la confrontation à la souffrance des enfants mais aussi les failles préexistantes du soignant (par exemple, état anxio-dépressif ou traumatisme personnel non résolu) qui viennent réveiller des plaies anciennes.
Le phénomène est complexe et l’hypothèse d’une compassion qui ne parvient pas à se manifester parce qu’elle est entravée par des feins organisationnels est soulevée.
"La fatigue de compassion peut être lue comme le produit de stratégies de survies face à la souffrance et se crée une co-dépendance du sauvé et du sauveur".
" La compassion est une énergie fossile qui ne se renouvelle que si elle est régulièrement réalimentée à des sources multiples qui ne relèvent pas du seul individu mais exige aussi du soutien organisationnel, les preuves de reconnaissance matérielle, sociale et symbolique ".
(publié le 2 octobre 2017)