Suicide : une mort évitable
Modélisation actuelle de conduites suicidaires : crise , transition et vulnérabilité

F. Jollant La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2020, vol 70, n°1, pp.38-41

Cet article est inclus dans un dossier intitulé "Suicide : une mort évitable ", élaboré selon les conseils du Pr F. Jollant, in La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2020, vol 70, n°1 pp.31-62

Dans cet article, les conduites suicidaires sont envisagées selon trois processus interactifs : la crise suicidaire, la transition des idées aux actes et la vulnérabilité suicidaire.

La crise suicidaire est un état le plus souvent temporaire durant quelques jours à quelques mois comportant parfois des crises itératives et des phases d’amélioration transitoires.
Le déclenchement de la crise suicidaire fait suite à des évènements dits "proximaux" (évènements de vie récents négatifs, problèmes financiers, séparation, deuil, maladie mentale, harcèlement scolaire, maltraitances, maladie physique, dépression, état émotionnel aigu, prise aiguë d’alcool et de substances illicites, ….). Ces émotions négatives, ces sentiments d’échec, de perte, d’abandon, entraînent une douleur psychologique intense insupportable et l’acte suicidaire apparait comme le seul moyen pour mettre fin à cette condition douloureuse qui paraît sans autre issue. Ce passage à l’acte survient dans moins d’un quart des cas.

La transition des idées aux actes suppose certains facteurs de risque : la disponibilité d’un moyen pour passer à l’acte, des antécédents de tentative de suicide, des traits de personnalité comme l’impulsivité et l’agressivité.

Enfin des éléments individuels de vulnérabilité augmentent le risque du passage à l’acte :

  • des facteurs développementaux précoces dits "distants" : maltraitances dans l’enfance, perte parentale précoce …
  • une histoire familiale de conduite suicidaire
  • des traits de personnalité : faible contrôle des émotions et des actes, tendance au négativisme, au pessimisme et au désespoir
  • un état dépressif chronique, l’abus d’alcool ou de substances illicites au long cours,...

Il est très probable que ça ne soit pas une, mais des vulnérabilités qui existent avec des évolutions dans le temps, favorables ou défavorables.

(publié le 30 mars 2020)