Suicide : une mort évitable
Reconnaître et prendre en charge le risque suicidaire : le souci de l’autre

T. Lagathu, M. Walter La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2020, vol 70, n°1, pp.42-48

Cet article est inclus dans un dossier intitulé "Suicide : une mort évitable ", élaboré selon les conseils du Pr F. Jollant, in La Revue du Praticien, Médecine Générale, 2020, vol 70, n°1 pp.31-62

"La crise suicidaire est une période de rupture dans l’existence d’un individu, marquée par la souffrance psychique et la tension, dont le risque majeur est le suicide".

Les signes d’alerte varient selon les individus et l’âge. Chez l’adolescent on se méfiera des changement d’humeur, des prises de risques inconsidérés, des fugues, des conduites addictives. Chez le sujet âgé on sera vigilant devant des plaintes cognitives et des symptômes somatiques.

L’évaluation du risque suicidaire consiste à étudier rigoureusement les trois éléments de l’acronyme "RUD" : risque, urgence et dangerosité.

Risque

  • facteurs de risque suicidaire : tenir compte des risques "proximaux" ou "précipitants" que sont les facteurs relatifs à l’individu (antécédents de vie négatifs, antécédent personnel de tentative de suicide, évènements de vie négatifs) et des facteurs de risque distaux (le sexe, l’âge) qui sont sans valeur prédictive en l’absence de facteurs proximaux associés.
  • facteurs de protection : soutien familial, amical, social, éléments individuels tels que capacité de résilience, souplesse cognitive.

Urgence. Il convient d’évaluer

  • l’intensité de la souffrance psychique,
  • le degré d’intentionalité exprimé,
  • le lien de confiance avec le praticien,
  • la présence ou non d’éléments d’impulsivité,
  • la présence ou non d’un facteur précipitant
  • la précision du scénario suicidaire.

Dangerosité : elle est maximale si le patient a un moyen de passage à l’acte et qu’il peut répondre, aux questions "où", "quand" et "comment".

L’entretien sera conduit de façon directive et empathique avec des questions ouvertes sans jugement ni moralisation, permettant à la personne de laisser exprimer ses émotions et avec le souci de transmettre l’idée qu’elle peut s’en sortir avec de l’aide. Il est conseillé d’interroger le patient sur ses idées suicidaires. Il est possible d’utiliser des questionnaires de mesure des idées suicidaires qui facilitent l’évaluation clinique et permettent au clinicien de quantifier le risque suicidaire.

Si le patient est considéré à faible risque, il lui sera proposé un suivi ambulatoire assorti d’un plan de sécurité si une situation de cirse survenait.
Si le patient a des idées de suicide persistantes, un scénario de passage à l’acte défini ou un antécédent de tentative de suicide, une consultation aux urgences psychiatriques est impérative.

(publié le 30 mars 2020)