Suicides : agir sur le management

E. Fayner Santé et Travail, n°112, pp.12-14

L’Observatoire national du suicide note dans un rapport publié en 2020 que bien que la thématique du suicide soit largement étudiée, les connaissances restent parcellaires sur le suicide lié au travail ainsi que sur les professions les plus touchées par ce phénomène.
Les services de médecine légale et les hôpitaux doivent enrichir les remontées d’information.
Si le taux de décès par suicide est en baisse depuis les années 1980, la prévalence des pensées suicidaires et des tentatives de suicide a augmenté entre 2010 et 2017, touchant 5% des actifs en emploi. Les raisons professionnelles seraient l’unique motif pour 13% des sujets concernés.
Afin d’engager une véritable politique de prévention, il faudrait collecter et croiser les données sur les suicides : métier, type d’emploi, absentéisme, pathologies antérieures, situation de famille.
Certains pointent l’augmentation des facteurs de risque : durcissement des relations sociales, augmentation des violences psychologiques en entreprise ; mais aussi des situations d’isolement "parfois géographiques, mais aussi souvent de culture, de génération, de langue, voire de nationalité".
D’autres dénoncent un travail impliquant plus le psychisme de l’individu et une mise en tension des entreprises sur le contenu du travail lui-même.

Il n’existe pas de lien de causalité systématique et des suicides ont eu lieu dans "des entreprises ayant mené des politiques de prévention ambitieuses". Mais hormis des mesures prises dans l’immédiateté (numéro vert, cellule d’écoute psychologique), rares sont les entreprises à remettre en cause leur organisation du travail.
A quand, la rémunération variable des managers, dépendante de la santé de leur équipe ? A quand la reconnaissance de l’origine professionnelle des pathologies psychiques liées au travail ? Des pistes suggérées par certains.

(publié le 15 janvier 2021)