Syndrome d’épuisement professionnel
Intervenir très en amont de la phase d’état

Dossier coordonné par B. Némirovsky, Conseillère scientifique : Dr Marie-Pierre Guiho-Bailly Le Concours Médical, 2018, vol.140, pp.30-33
La prévalence de l’épuisement professionnel serait de 5 à 30% en population au travail et de 25 à 60% chez les professionnels de santé.
Le risque de l’épuisement professionnel est un diagnostic tardif alors que la dynamique délétère est déjà bien enclenchée.
La difficulté réside dans le fait que les symptômes initiaux sont très discrets et non spécifiques (fatigue, altération du sommeil, irritabilité...). Si les conditions de travail favorisant cette situation perdurent, s’installent des symptômes plus marqués, physiques, comportementaux et psychoaffectifs et en l’absence de prise en charge, la situation se dégrade et aboutit à un burnout constitué, marqué par un épuisement émotionnel, une déshumanisation de la relation à l’autre, et une perte d’accomplissement personnel.
Plus l’épuisement professionnel perdure sans prise en charge et plus le tableau clinique se complexifie et risque de masquer son origine.
Les facteurs de moins bon pronostic sont le retard au diagnostic, le retard à la prise en charge, les antécédents psychiques et somatiques de la personne, le manque de marges de manœuvre existant dans l’entreprise.
Le médecin du travail sera contacté précocement car sa connaissance des risques psychosociaux de l’entreprise lui permettra d’aider le salarié dans la compréhension de sa situation. Il l’orientera vers son médecin traitant.
Il importe d’évaluer le risque suicidaire et de prescrire un arrêt de travail (soit des arrêts de 1 à 2 semaines répétés si nécessaire, soit d’emblée un arrêt d’un mois) mais en assurant dans ce cas un suivi rapproché. Il faut non seulement que le salarié reconstitue ses ressources psychiques mais aussi qu’il envisage et prépare l’avenir.
Sur l’arrêt de travail sont déconseillés les mots de burnout, souffrance au travail, harcèlement. Ne seront indiqués que des éléments cliniques constatés sans introduire la notion de tiers et sans définir la cause.
Anxiété et insomnie seront traitées par anxiolytique ou hypnotique pour une courte durée.
Un épisode dépressif sera traité par un antidépresseur associé à une psychothérapie.
La démarche diagnostique et thérapeutique doit être précoce mais aussi d’emblée pluridisciplinaire : médecin traitant, médecin du travail mais aussi si nécessaire, consultation spécialisée en souffrance au travail.
Les conséquences peuvent être : classement en affection de longue durée, reconnaissance en maladie professionnelle, invalidité de type 2.
Sur le long terme, le suivi peut nécessiter des spécialistes en psychopathologie du travail, en droit du travail, en psychiatrie, en psychothérapie .....
ll est des situations moins catastrophiques où le salarié se reconstruit psychiquement et reprend un travail après des modifications organisationnelles et éventuellement dans le cadre d’un temps partiel thérapeutique.
(publié le 11 janvier 2019)