Troubles de stress post-traumatique

T. Baubet, L. Nohales, N. Prieto La Revue du Praticien, 2018, vol.68, n°1, pp. 91-108.

Ce dossier traite des troubles de stress post-traumatique : reconnaître les troubles, aider, orienter.

Le trouble de stress post-traumatique est un trouble psychiatrique sévère apparaissant dans les suites d’un événement potentiellement traumatique avec confrontation inopinée (par menace ou en réalité) à la mort, en tant que victime ou de témoin.
Quatre dimensions essentielles caractérisent ce trouble : l’intrusion (souvenirs répétitifs, involontaires et envahissants de la scène traumatique), l’évitement (évitement des stimulus associés à l’événement), l’hypervigilance (comportements téméraires) et les perturbations de l’humeur et de la cognition ; ces symptômes durant plus d’un mois.
Les facteurs de risque sont un vécu dissociatif, une détresse péritraumatique importante, de fortes manifestations d’hyperadrénergie (tachycardie, hypertension artérielle, sueurs...), l’apparition rapide d’un état de stress aigu.
Sont à haut pouvoir traumatique : la notion de malveillance interpersonnelle, un traumatisme crânien, des violences sexuelles. _ La dissociation (le sujet n’est plus conscient de son expérience vécue et ne ressent plus son identité) est à la fois un marqueur du traumatisme et un facteur de risque.
Les comorbidités sont fréquentes (troubles anxieux, abus de substances, plaintes algiques, pathologies variables) avec des idées suicidaires estimées à 40%.
Ce psycho traumatisme est sévère et invalidant (durant de plusieurs mois à plusieurs années), d’où l’intérêt de prises en charge précoces et adaptées.
Le soignant dans les premiers jours aura une attitude empathique et bienveillante, mais authentique reconnaissant la souffrance ressentie en évitant les lieux communs, tout en recherchant les facteurs de risque. Un traitement médicamenteux n’est pas conseillé le premier mois, car pouvant empêcher le processus adaptatif naturel.
Le trouble constitué sera pris en charge par un spécialiste (séances de psychothérapie et antidépresseurs pendant 6 à 12 mois. En cas de troubles du sommeil, les benzodiazépines sont déconseillées en raison du risque de dépendance. La prazosine (hors AMM) pourrait s’avérer le traitement de première ligne en dépit de la complexité de son schéma posologique, et de ses effets indésirables. Une bonne hygiène de vie doit être entretenue.
Il convient aussi d’accompagner le sujet dans ses démarches médico-judiciaires : rédaction du certificat médical initial de coups et blessures physiques et psychiques (sans interprétation) mais comportant l’estimation d’un temps d’incapacité totale de travail (ITT) qui sera réévalué ultérieurement lors d’un nouvel examen à distance.
Le patient recevra aussi des informations sur les possibilités d’aide psychologique et juridique.
L’évaluation du préjudice ne se fera qu’après une expertise médico-légale complète organisée par le FGTI (Fonds de garantie des victimes de terrorisme et d’autres infractions). Ce n’est qu’au bout de quelques années que les personnes impactées toucheront l’indemnisation définitive.

(publié le 23 février 2018)