Bisphénol A : des risques pour la santé du foetus ?

Hygiène et sécurité du travail, 2013, n°231, pp.6-9. Bibliographie
Le bisphénol A (BPA) est une substance de synthèse utilisée depuis une cinquantaine d’années et dont les applications industrielles sont nombreuses et variées. ll entre dans la composition des récipients alimentaires (biberons, bonbonnes d’eau), des supports audio et vidéo ; il est utilisé dans l’industrie automobile (phares de voiture), l’industrie électrique et électronique, l’optique, les équipements médicaux, etc.
Le bisphénol A est également utilisé dans la fabrication des résines époxydes mais aussi dans les papiers thermiques (reçus de cartes de paiement et des guichets automatiques de banque, tickets de caisse, résultats de certains examens médicaux dont les électrocardiogrammes, etc). Dans ces papiers thermiques, le BPA est sous forme libre, ce qui pourrait rendre possible l’exposition des agents de caisse ou des consommateurs au BPA par contact cutané, (ce qui a été confirmé par une étude de l’INRS).
Ce produit est soupçonné de perturber le fonctionnement hormonal. Des études récentes semblent mettre en évidence des effets sur la santé à faibles doses mais ne font pas consensus.
Une évaluation des risques permet à l’Anses (Agence nationale de sécurité de l’alimentation, de l’environnement et du travail) de conclure que la manipulation des tickets thermiques conduit à des situations à risque, selon les effets considérés sur la santé (glande mammaire, cerveau et comportement, appareil reproducteur féminin, métabolisme et obésité) ; ce risque concernerait les enfants à naître des femmes enceintes manipulant ces tickets thermiques.
Le niveau de confiance associé à ces résultats étant qualifié de "limité " par les experts ( modèles et hypothèses surestimant probablement les expositions internes), une campagne de mesure de l’excrétion urinaire du BPA en milieu professionnel est en cours afin d’évaluer les expositions réelles.
Néanmoins, des fabricants ont procédé à la substitution du BPA dans les tickets thermiques mais par des produits soupçonnés à leur tour d’être aussi des perturbateurs endocriniens. L’INRS propose un changement de la technique d’impression (jet d’encre ou laser).
L’utilisation de gants en coton n’est pas judicieuse car, absorbant le BPA, ils pourraient augmenter l’exposition ; restent les gants en plastique mais inconfortables, peut-être non étanches et souvent incompatibles avec les situations de travail.
Pour l’instant, seules la fabrication, l’importation et la mise sur le marché de biberons en polycarbonate sont interdites dans l’Union européenne (depuis le 1er avril 2011) et la France a étendu cette interdiction à tout conditionnement à vocation alimentaire depuis décembre 2012.
(publié le 29 août 2013)