Cancer du rein et expositions au trichloroéthylène : les valeurs limites d’exposition professionnelle françaises en vigueur sont-elles adaptées ?

B. Charbotel, J. Fevotte, J.L. Martin, A. Bergeret Revue d’Epidémiologie et de Santé Publique, 2009, N°1, pages 41-47. Bibliograhie

Une étude épidémiologique a été menée dans la vallée de l’Arve, région où la prévalence et les niveaux d’exposition au trichloroéthylène (TCE) sont importants. 86 cas de carcinomes à cellules rénales (RCC) et 316 témoins, appariés sur l’âge et le sexe ont été inclus. L’exposition des 402 sujets a été recherchée à partir d’un questionnaire détaillé qui prenait en compte les différents emplois occupés au cours de leur carrière professionnelle afin d’attribuer des niveaux d’exposition correspondants évalués par une matrice emploi-exposition élaborée spécifiquement pour cette étude. Trois niveaux d’exposition ont été choisis en considérant les valeurs limites d’exposition actuellement applicables en France et dans d’autres pays : 75 ppm (valeur moyenne d’exposition française : VME-huit heures), 50 ppm, soit la TWA/ American Conference of Governmental Industrial Hygienists et 35 ppm soit la moitié de la VME-huit heures française. Une analyse multivariée a pris en compte les facteurs de confusion identifiés au seuil de 10 % (tabagisme, indice de masse corporelle (IMC), expositions professionnelles aux huiles de coupe et aux autres huiles pétrolières). Les odds-ratios associés aux différents niveaux d’exposition au TCE sont respectivement de 1,62 [0,77-3,42] au-dessus de 35 ppm, 2,80 [1,12-7,03] au-dessus-de 50 ppm, 2,92 [0,85-10,09] au-dessus de 75 ppm. Seuls les OR bruts associés aux deux dernières catégories sont statistiquement significatifs. Chez les sujets exposés aux huiles de coupe et de TCE au-dessus de 50 ppm, l’OR ajusté sur l’IMC, le tabagisme et l’exposition aux autres huiles pétrolières atteint 2,70 [1,02-7,17]. Les résultats de cette étude de même que ceux disponibles dans la littérature montrent que les valeurs limites d’exposition professionnelle actuellement en vigueur en France sont trop élevées et ne protègent pas les salariés contre le risque potentiel de cancer du rein.

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(publié le 14 mai 2009)