Hiérarchisation des polluants chimiques émis par les installations de traitement des déchets ménagers en France basée sur les impacts sanitaires non cancérogènes

V. Nedellec, J. Lapkoff, A. Rabl Environnement Risques Santé, ERS, 2012, vol.11, n°2, pp.120-136. Bibliographie
En 2009, 47 millions de tonnes de déchets ménagers et assimilés ont été traitées dans 1 239 installations de traitement des ordures ménagères (ITOM). Les émissions canalisées sont soumises aux valeurs limites d’émission (VLE) réglementaires dans les domaines de l’incinération, du stockage, du compostage et de la méthanisation.
L’objectif de l’étude est d’établir un classement des polluants émis par les ITOM basé sur l’estimation de leur potentiel d’impacts sanitaires non cancérigènes.
Cette étude s’appuie sur deux méthodes de hiérarchisation : une hiérarchisation qualitative et une hiérarchisation quantitative. La première consiste à attribuer des points à chaque polluant en fonction de critères relatifs aux impacts sanitaires : fréquence du polluant dans les émissions, quantités émises et importance toxique. La seconde est basée sur le calcul d’un ratio entre la concentration à l’émission et la valeur toxicologique de référence non cancérogène du polluant.
250 polluants ont été identifiés dans les émissions des ITOM. 
Les données quantitatives sur la toxicité et sur les émissions sont disponibles pour 98 d’entre eux. Il y a 45 composés organiques volatils (COV), 19 métaux et métalloïdes, 87 hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), 8 pesticides, 6 composés inorganiques, 4 BTEX (benzène, éthylbenzène, toluène, xylène), 4 aldéhydes, 4 composés organiques persistants.
Sept métaux et métalloïdes (As, Hg, Mn, Cd, Co, Ni, CrVI) figurent dans les dix premiers polluants du classement. L’arsenic, le mercure et le manganèse sont tout à la fois neurotoxiques, reprotoxiques et/ou perturbateurs endocriniens par voie respiratoire. L’arsenic non seulement cancérigène est aussi toxique pour les systèmes respiratoire et cardiocirculatoire quelle soit la voie d’exposition. Les autres métaux (Cd, Co, Cr VI) sont toxiques pour le système respiratoire, potentiellement perturbateurs endocriniens et/ou cardiotoxiques. On trouve également dans les dix premiers du classement, deux composés organiques (naphtalène, benzène) et un composé inorganique (sulfure d’hydrogène).
Le plomb et les dioxines arrivent respectivement en 19e et 27e places. Mais si l’on s’intéresse uniquement aux émissions des incinérateurs, ils remontent respectivement aux 10e et 12e places.
Il y a donc bien prépondérance des métaux quant au potentiel d’impacts sanitaires non cancérigènes.
(publié le 23 août 2012)