Intoxications cyanhydriques professionnelles des pompiers : mythe ou réalité ?

X. Michel, S. Bohand, S. Gagna, A. Lacoste, L. Géraut, F. Rivière, C. Renard, P. Laroche Documents pour le Médecin du Travail, 2011, n°128, pp.603-614. Bibliographie
Quelle est la toxicité aiguë ou chronique des fumées lors des feux de logements ou de locaux professionnels pour les pompiers, surtout lorsque les opérations de déblaiement et d’inspection du site se font sans protection respiratoire ?
Ces fumées contiennent cyanure d’hydrogène et benzonitriles générés par la dégradation thermique des polymères des matières plastiques ou de substances naturelles (laine et soie). La toxicité est en lien avec l’affinité de cet ion cyanure pour les cytochromes oxydases de la chaîne respiratoire mitochondriale mais aussi par la réactivité de cet ion avec la méthémoglobine. Il s’ensuit un blocage de la chaîne respiratoire induisant un déficit de l’apport énergétique au niveau cellulaire et finalement une anoxie tissulaire aiguë dont la première cible est le système nerveux central.
Le risque est une intoxication aiguë pouvant engager le pronostic vital mais existe aussi celui d’une action sur la santé des travailleurs sur le long terme, même sans symptomatologie aiguë. La toxicité chronique se manifesterait principalement sur la fonction thyroïdienne avec la survenue de goîtres et sur la fonction hépatique.
Une étude a été menée par le laboratoire mobile du Bataillon de Marins-Pompiers de Marseille (BMPM) afin de déterminer la composition des fumées d’incendie du point de vue qualitatif. Des dosages atmosphériques ont été effectués sur 82 feux urbains au cours des opérations de déblaiement.
Peu de feux ont entraîné un dépassement des valeurs limites françaises : trois pour la valeur moyenne d’exposition sur 8 heures (VME) de l’acide cyanhydrique, HCN (2 ppm) et un seul pour la valeur court terme (VLCT) (10 ppm) pendant la phase de noyage et de déblaiement. Dans plusieurs cas, l’HCN n’était pas mesurable, probablement du fait des limites de détection propres aux techniques de mesures utilisées. Par contre, lors des incendies de commerces de vêtements, des quantités importantes d’HCN ont été retrouvées du fait de la présence de polyamides et de polyacrylonitriles dans les tissus.
A partir de l’exposition globale du pompier pendant les phases de noyage et de déblaiement, il est possible de calculer un quotient de danger en utilisant la valeur toxicologique de référence de l’United States environmental protection agency et en considérant que la seule voie d’exposition est respiratoire. Pour une exposition moyenne de 0,07mg.m3, ce quotient est de 2,05.10-4 . Ce résultat exclut a priori la survenue d’un effet sur la santé.
Mais, en l’absence d’informations sur les composés générés lors de la combustion, les pompiers doivent impérativement disposer de protection respiratoire.
En cas d’intoxication aiguë, il est indispensable d’administrer très rapidement l’antidote, c’est à dire l’hydroxocobalamine, qui doit être à disposition dans les véhicules d’intervention.
Sur le long terme, le médecin du travail doit dépister précocement les effets chroniques liés à la toxicité du cyanure et doser les thiocyanates urinaires qui sont le reflet de l’exposition chronique aux composés cyanhydriques.
(publié le 30 janvier 2012)