L’intolérance environnementale idiopathique (sensibilité chimique multiple)

F. Conso, M-A. Dargone, D. Asselain, D. Choudat Environnement, Risques et Santé, 2010, vol.9, n°5, pp. 393-400 . Bibliographie

L’intolérance environnementale idiopathique (IEI) est la dénomination actuelle d’un syndrome qui a connu de nombreuses appellations dont la plus répandue est "sensibilité chimique multiple", traduction du terme anglo-saxon "multiple chemical sensitivity".
Les premiers cas ont été rapportés dans les années 1950 aux États-Unis mais devant la multiplication des cas dans les populations occidentales, un symposium international lui a été consacré en 1996 à Berlin et c’est à l’issue de celui-ci que la dénomination IEI est acceptée et que le syndrome est redéfini comme ’"un désordre acquis avec de multiples symptômes récurrents, associés à divers facteurs environnementaux tolérés par la majorité de la population, non expliqué par aucun désordre médical ou psychologique/psychiatrique connu".
L’affection évolue en différentes phases :

  • un évènement rétrospectivement considéré comme la cause de développement de la maladie et qui est soit une exposition aiguë ou chronique à un produit chimique dont l’odeur est souvent forte et vécue comme potentiellement nocive, soit non identifié avec une intolérance aux odeurs qui est donc progressive ;
  • la survenue de symptômes déclenchés par des niveaux d’exposition très faibles au produit initialement incriminé,
  • le déclenchement des symptômes par des produits très divers, caractérisés par une odeur perceptible à de faibles niveaux d’exposition. Ces symptômes sont variés peuvent toucher toutes les sphères d’organes ; les symptômes les plus souvent décrits sont neurologiques (céphalées, vertiges, paresthésies, troubles mnésiques, tremblements), pulmonaires (dyspnées, toux, douleurs thoraciques, oppression thoracique, expectoration), digestifs (nausées, vomissements, douleurs abdominales, troubles du transit, pyrosis), mais aussi ORL (irritation pharyngée, rhinite,sinusite, hyposmie, agueusie, etc.), généraux et cardiovasculaires, cutanés, rhumatologiques ou ophtalmologiques.

L’examen clinique et les examens complémentaires sont normaux. Aucune modification du seuil olfactif n’est retouvée.
Récemment, l’OMS a défini un syndrome voisin, l’intolérance environnementale idiopathique attribuée aux champs électromagnétiques
Les hypothèses étiopathogéniques actuelles se fondent sur une origine organique toxique (et notamment une atteinte du système nerveux central) ou une cause physiopathologique.
Les études plaident en faveur d’un mécanisme d’action de type comportemental plutôt que purement biologique.

Il existe des outils utiles au dépistage :

  • le "Quick Environnmental Exposure and sensitivity Inventory" (QEESI) constitué de cinq échelles mesurant respectivement la sévérité des symptômes, les intolérances chimiques, les autres intolérances, l’impact sur la vie quotidienne et un index dit "de masquage" qui évalue les expositions pouvant masquer le diagnostic ;
  • le "Chemical Odour Sensitivity Scale"(COSS), autoquestionnaire de 11 questions qui permet l’évaluation de la sensibilité aux odeurs chimiques.

En raison d’un retentissement professionnel et social souvent majeur, une prise en charge médicale précoce des patients est souhaitable associant une écoute empathique des plaintes du patient à une explication des connaissances actuelles sur ce syndrome et à des conseils prudents d’éviction des situations déclenchantes.
Une orientation vers une thérapeutique cognitivo-comportementale peut être discutée.

(publié le 28 décembre 2010)