Le verre de Murano : un trésor italien à l’heure de la substitution

D. Alhaique HesaMag#08, le magazine de l’Institut syndical européen, 2e semestre 2013, pp.33-38
Traditionnellement, les maîtres verriers de Murano (île de la lagune vénitienne) qui perpétuent l’une des formes les plus raffinées de l’artisanat artistique utilisent le trioxyde d’arsenic pour un verre particulièrement transparent.
Mais cette substance est reconnue cancérigène par inhalation et ingestion.
Conformément au règlement REACH, les utilisations de ce trioxyde d’arsenic seront interdites à partir de mai 2015 sauf dérogation accordée par la Commission européenne.
La recherche d’un produit de substitution a été engagée, financée par les pouvoirs publics et a débouché sur l’identification en mai 2012 de trois substances : le sulfate de soude, le dioxyde de cérium (non cancérigène) mais d’utilisation marginale et le laitier granulé broyé de haut-fourneau.
Ces substituts fonctionnent bien dans certaines étapes de fabrication mais sont un peu moins efficaces dans le cycle artisanal, ce qui contraint à prolonger la fusion et entraîne alors une augmentation de la consommation d’énergie.
L’obstacle principal a été le changement de mentalité parce que tout changement entraîne des coûts initiaux et que dans un contexte économique morose, les très petites entreprises accueillent le projet avec beaucoup moins d’allant. Il y a encore quelques années, les travailleurs du verre étaient plusieurs milliers au sein d’une quarantaine d’entreprises. Ils ne sont plus désormais que 500, les autres ayant été mis au chômage technique.
Les entreprises semblent satisfaites. Certaines utilisent déjà les substituts, d’autres s’y préparent, d’autres enfin n’abandonneront l’arsenic que si celui-ci est exclu du marché.
80% des entreprises auraient mis au point cette substitution et dans de nombreux cas, les sulfures de cadmium et de sélénium et les autres colorants dangereux ont également été réduits.
(publié le 30 janvier 2014)