Les ototoxiques exacerbent les surdités induites par le bruit

P. Campo Environnement et Risques Santé, ERS, 2015, vol.14, n°2, pp.125

Depuis plus d’une dizaine d’années, des travaux scientifiques ont mis l’accent sur les risques auditifs encourus pas des personnes exposées à certains agents chimiques.
Or l’ototoxicité n’est pas reconnue par la réglementation européenne ou française et les risques de potentialisation des effets du bruit par une co-exposition à des substances chimiques ne font l’objet d’aucune mesure particulière.
Au rang de ces substances chimiques :

  • les antibiotiques de type aminoglycosides (aminosides) qui persistent jusqu’à trois mois après la fin du traitement dans les liquides de l’oreille, et qui lèsent les cellules ciliées externes,
  • les anticancéreux dont les dérivés du platine, à la fois cochléotoxiques et vestibulotoxiques,
  • les diurétiques de l’anse de Henlé (qui provoquent des surdités temporaires qui débutent quelques minutes après leur administration et perdurent quelques heures),
  • certains solvants aromatiques comme le toluène, les xylènes, l’éthylbenzène et le styrène qui sont cochléotoxiques,
  • les solvants chlorés comme le trichloroéthylène, qui impacte la zone cochléaire mais qui préserve les fréquences élevées,
  • les gaz asphyxiants et notamment le CO qui potentialise les effets du bruit de même que la fumée de tabac (contenant du cyanure d’hydrogène),
  • les métaux lourds dont le plomb, le mercure, le cadmium, les composés au mercure, l’étain et ses composés organiques, le germanium ou le manganèse.

Le problème actuel est que la dosimétrie tonale liminaire qui est la technique requise pour diagnostiquer une surdité professionnelle permet difficilement la distinction entre trauma acoustique et déficits induits par les agents ototoxiques. Pourtant en provoquant et en mesurant les oto-émissions chez des sujets exposés à des agents ototoxiques, il serait possible de mesurer la souffrance des cellules ciliées externes. Ces oto-émissions pourraient constituer un test complémentaire à la surveillance de l’audition des personnes exposées à des environnements de travail multifactoriels.
Le défi des nouvelles politiques de prévention sera donc de concevoir des outils capables d’identifier les souffrances cochléaires précoces afin d’éviter l’installation d’une pathologie provoquée par association du bruit et des agents ototoxiques.

(publié le 16 juillet 2015)