Pesticides et santé
un dossier accablant

A. Aurias, O. Dioux, M. Germain La Recherche, 2016, n°509, pp. 34-54. Bibliographie
Chez 85% des femmes enceintes habitant à la ville ou à la campagne, des traces de pesticides organophosphorés sont retrouvés dans leurs urines. Les sources d’exposition sont multiples : environnement, alimentation, domicile, etc. Il existe des milliers de substances actives aux caractéristiques physico-chimiques très diverses. La toxicité des pesticides ne se limite pas aux seules espèces que l’on veut éliminer.
Pour en savoir plus sur les effets sur la santé des pesticides, les auteurs ont recherché les études scientifiques les plus significatives, menées selon les protocoles les plus rigoureux et réalisées sur un grand nombre de cas.
Une étude réalisée aux États-Unis sur plus de 57 000 agriculteurs montre que le risque de développer un lymphome non hodgkinien est augmenté de 19% chez les agriculteurs en contact avec les pesticides. D’autres études de vaste ampleur confirment ce lien et semblent impliquer plusieurs substances dont le lindane, des insecticides de la famille des carbamates et des insecticides organo-phosphorés.
Enfin, les combinaisons de pesticides augmentent le risque et particulièrement quand la combinaison comporte du malathion, un insecticide organophosphoré.
Il est difficile de parler de toxicité générale de pesticides eu égard à la diversité des produits mais deux mécanismes d’action semblent prédominer : un stress oxydant entraînant la mort cellulaire et le dysfonctionnement du système énergétique cellulaire, la mitochondrie et la plupart des pesticides combinent ces mécanismes avec d’autres effets. Parmi les pistes de lutte, des chercheurs s’interrogent sur le possible effet bénéfique de certains micronutriments (tanins, polyphénols et pigments).
"En 2009, une équipe de recherche américaine a montré que le fait de vivre à moins de 500 m de zones agricoles traitées par des pesticides augmente de 75% le risque de développer la maladie de Parkinson" et depuis 2012, la maladie de Parkinson figure au tableau des malades professionnelles dans le Régime agricole.
Le risque de cancer de la prostate est augmenté de 19% pour les agriculteurs qui manipulent des pesticides et notamment le chlordécone. Ce chiffre monte à 28% chez les travailleurs employés par les firmes pour les appliquer. Il est aussi accru pour les agriculteurs exposés à un fongicide, le bromure de méthyle et un insecticide organophosphoré le terbufos, et présentant certains variants de gènes impliqués dans le métabolisme des lipides. De même, la présence d’un insecticide organochloré doublerait le risque.
Si les agriculteurs sont en première ligne, ils ne sont pas les seuls à développer des pathologies liés aux pesticides : l’ensemble de la population est à risque de maladie de Parkinson, de troubles cognitifs et de maladie d’Alzheimer. Les enfants de mère exposées professionnellement pendant la grossesse sont à risque de tumeurs cérébrales, de malformations congénitales et de leucémie.
Si les fabricants sont attentifs à toutes les études, il leur est parfois reproché des conflits d’intérêts. S’ils proposent des recommandations de bonnes pratiques, ils sont bien conscients que l’agriculture ne peut se passer de produits phytosanitaires si elle souhaite conserver les mêmes rendements. L’industrie travaille sur des produits alternatifs naturels.
(publié le 6 juin 2016)