Production de phosgène et autres composés lors de la dégradation photocatalytique du perchloroéthylène dans les pressings

F. Gérardin, I. Subra, J. Jannot, V. Blachère, V. Oury, M. Guillemot Hygiène et sécurité du travail, 2010, n°220, pp.43-51. Bibliographie.
La quasi-totalité des pressings exploite des machines de nettoyage à sec fonctionnant avec du perchloréthylène (PERC) , substance considérée comme cancérogène probable chez l’homme (catégorie 2A) par le CIRC (Centre international de recherche sur le cancer). Les salariés sont soumis à des pics d’exposition plus ou moins intenses jusqu’à 1 000 ppm lors de l’ouverture du hublot de chargement, ce qui induit un dépassement de la valeur limite d’exposition professionnelle sur 8h (VLEP 8h).
La substitution du PERC n’a pas encore totalement convaincu les exploitants des pressings et le captage des vapeurs est actuellement le moyen le plus répandu.
Une nouvelle génération d’épurateurs d’air est actuellement très utilisée, qui repose sur la dégradation photocatalytique du perchloroéthylène et des éventuels solvants présents dans l’atmosphère. L’objectif est l’oxydation d’un large panel de composés organiques, voire minéraux. Mais souvent en raison du sous dimensionnement des appareils, l’oxydation est incomplète et des sous produits apparaissent tels que le phosgène, le trichlorométhane, le tétrachlorure de carbone, l’acide dichloracétique et le dioxyde de carbone. C’est ce qui est apparu à l’analyse de l’effluent en sortie d’un réacteur de laboratoire avec un média photocatalytique comparable à celui présent dans la plupart des épurateurs commerciaux.
L’étude a été complétée par la caractérisation et l’évaluation à postes fixes des concentrations de ces sous-produits (générés par la dégradation photocatalytique du PERC) dans les centres commerciaux. C’est ainsi que le tétrachlorométhane, le trichlorométhane ou encore l’acide chlorhydrique sont présents en faible quantité dans l’ambiance de travail. Toutefois, la concentration en HCl en sortie de dispositif d’assainissement est environ dix fois supérieure à celle mesurée aux autres points mais demeure significativement inférieure à la VLEP 8 h. En revanche, les concentrations en phosgène ont révélé des teneurs préoccupantes notamment à proximité de l’épurateur, alors que le filtre était neuf en sortie de l’épurateur. Qu’adviendra-t-il en cas de tamis moléculaire saturé ? Le phosgène est une substance puissante, irritante pour les muqueuses oculaires et respiratoires et provoque une forte irritation cutanée. Il s’agit d’une hyperréactivité des voies aériennes, de dilatation des bronches ou de bronchiolite oblitérante. L’intoxication peut conduire à un œdème pulmonaire.
A la lumière des résultats de cette étude, "il s’avère que la mise en œuvre de la photocatalyse pour la dégradation du PERC est fortement déconseillée même en équipant l’épurateur d’un filtre dont il est difficile de prévoir le degré de saturation ".
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(publié le 19 janvier 2011)