Psychosyndrome organique chez des salariés exposés aux solvants organiques.

I. Magroun, N. Ladhari, N. Ben Charada, A. Ben Amor, M-K. Chahed, R. Gharbi Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2015, vol.76, n°2, pp.142-149. Bibliographie
L’étude a intéressé 306 salariés de quatre entreprises appartenant à des secteurs industriels différents : mobilier, cuir, chaussure et assemblage d’articles à usage médical et ayant en commun l’utilisation de colles à base de solvants organiques (SO) aliphatiques et cycliques et de cétones dans leurs procédés industriels.
La colle était déposée à l’aide d’un outil spécifique, mais la prévention collective était réduite à l’aération naturelle des locaux et les ouvriers ne portaient pas les équipements de protection individuelle, même s’ils étaient disponibles.
La matrice poste-exposition a permis de classer les salariés en quatre niveaux de risque. 13,7% avaient un niveau de risque élevé, 36,6% un niveau de risque modéré, 27,5% un niveau faible et 68 salariés n’avaient aucun exposition.
Plusieurs études ont rapporté des effets neuropsychiques chez les travailleurs exposés aux SO pendant longtemps. Ces effets sont classés en trois stades évolutifs : le stade 1 : syndrome psycho-organique (PSO), le stade 2 : encéphalopathie toxique chronique modérée et le stade 3 : encéphalopathie chronique toxique sévère.
Dans cette étude, le dépistage du PSO a été réalisé à l’aide d’un questionnaire préétabli inspiré du Q16 suédois.
La prévalence du PSO chez les sujets exposés durant plus de 5 ans aux PSO a été de 10,9% (5 à 12,6% selon l’entreprise). L’existence d’un PSO était significativement liée au niveau de risque modéré ou élevé d’exposition cumulée aux SO, la catégorie agent d’exécution, le faible niveau d’instruction. Il n’existait pas de lien entre la morbidité neuropsychique et l’exposition récente aux SO ou le genre ou la consommation d’alcool. Une relation positive était dégagée entre le PSO et l’état marital et le groupe d’exposition.
L’évolution du PSO se fait vers l’aggravation et l’installation de lésions irréversibles si l’exposition perdure ; la régression complète est possible si l’éviction des postes à risque est précoce.
La prévention passe par une réduction des concentrations des SO aux postes de travail, la substitution des produits manipulés par d’autres moins toxiques et la rotation des salariés.
(publié le 30 juillet 2015)