Risque professionnel d’exposition au monoxyde de carbone en milieu portuaire : à propos de huit cas

D. Lucas, B. Lodde, J-D. Dewitte, D. Jegaden Archives des maladies professionnelles et de l’environnement, 2010, vol.71, n°2, pp.161-166. Bibliographie
Cinq mécaniciens navals ont présenté céphalées, fatigue musculaire, vertiges et gêne thoracique à la sortie d’une cuve d’un méthanier récemment entré en cale. Une odeur d’œuf pourri leur avait fait interrompre leur progression en profondeur au bout de 45 minutes. En réalité, ce sont 8 personnes qui ont pénétré dans la cuve.
Lors de leur admission à l’hôpital, le bilan neurologique et cardiologique était sans particularité. Les examens biologiques étaient normaux sauf les taux sanguins de carboxyhémoglobine (HbCO) qui étaient augmentés (allant de 16,6% pour le plus élevé à 2,1% pour le plus faible), qui ont été régularisés après six heures d’oxygénothérapie normobare pour 7 d’entre eux et 15 h pour le 8e.
Les prélèvements atmosphériques ont montré des valeurs de CO variant entre 400 et 500 ppm suivant les étages et 2 ppm pour l’hydrogène sulfuré. Il s’agit donc d’une intoxication professionnelle au monoxyde de carbone survenue lors de travaux dans des cuves d’un méthanier.
La valeur moyenne d’exposition professionnelle au CO est en France de 50 ppm. Les recommandations OMS sont une exposition environnementale maximale au CO à une concentration de 87 ppm pour 15 minutes, 26 ppm sur une heure et 9 ppm sur huit heures. Les personnes ayant les plus forts taux de carboxyhémoglobinémie étaient ceux qui étaient directement affectés à la préparation du chantier dans la cuve et donc ceux qui étaient les plus exposés en termes de temps. A contrario, les salariés dont les taux étaient les moins élevés avaient eu une exposition plus faible : soit parce qu’ils étaient chargés de l’apport des pièces hors de la cuve, soit parce qu’ils étaient chefs d’équipe et amenés à de nombreux déplacements hors cuve. _ Le tableau clinique est typique. Les atteintes du système nerveux ont été les plus importantes avec des céphalées retrouvées chez 5 d’entre eux. L’absence de plaintes cardiaques se comprend par le fait qu’il n’y avait aucun sujet coronarien connu dans cette équipe (moyenne d’âge 33 ans). La faiblesse musculaire retrouvée est en lien avec la fixation du CO sur la myoglobine.
"La prise en compte dans les certificats Gas-free découlant du règlement portuaire maritime, des gaz asphyxiants, l’amélioration des respects des consignes d’intervention en milieu à risque et l’adaptation des détecteurs aux conditions de chaque navire pourraient permettre d’éviter de tels accidents".
(publié le 31 août 2010)