Risques chimiques dans la filière de valorisation des lampes usagées

E. Zimmermann, M-T. Lecler, S. Ihoua, E. Silvente, A. Chollot Documents pour le Médecin du Travail, 2011, n°125, pp.147-155. Bibliographie.
Les lampes dites "basse consommation", à "économie d’énergie" ou encore "fluorocompactes" en fin de vie font partie des DEE et D3E (déchets d’équipements électriques et électroniques) et peuvent être assimilées à des déchets dangereux en raison du mercure qu’elles contiennent (sachant que le risque d’exposition est plus faible que celui lié à la casse d’un thermomètre à mercure).
Ces lampes "usagées" doivent être déposées dans des conteneurs spécifiques dédiés qui sont placés dans des points de collecte situés essentiellement dans les grandes surfaces généralistes et de bricolage, les grossistes spécialisés et les déchetteries. L’enlèvement des conteneurs, le stockage et l’expédition vers les centres de traitement est opéré par des centres de regroupement.
Le traitement des lampes peut être réalisé selon des procédés qui reposent sur deux principes très différents : le procédé "end cut air push" (coupage-soufflage) et les procédés par broyage.
Entre 2007 et 2010, des campagnes de mesurage des polluants chimiques ont été réalisées dans l’ensemble des centres de traitement afin de caractériser les polluants présents dans cette filière : il s’agit essentiellement de vapeurs de mercure et de poudres luminescentes composées de métaux et de terres rares qui forment des aérosols contenant des particules ultra-fines qui peuvent pénétrer loin dans les alvéoles pulmonaires. Ces poussières inertes peuvent être causes de pneumoconioses de surcharge.
Quant au mercure, il s’agit d’un élément très toxique qui peut engendrer des symptômes tels qu’irritabilité, anxiété, insomnie, tremblements des doigts et de la face puis modifications du comportement et stomatite suivie d’encéphalopathie.
Les activités et situations à risque sont les casses accidentelles, l’alimentation de la chaîne de traitement, la gestion des fractions sortantes qui nécessite l’intervention fréquente des opérateurs, le stockage non hermétique des broyats de lampes, les opérations de nettoyage/maintenance qui nécessitent l’intervention des opérateurs dans le cœur de l’enceinte.
Les niveaux d’exposition peuvent devenir très préoccupants avec des dépassements de valeurs limites sur 8 heures (la valeur limite d’exposition professionnelle au mercure, va être abaissée à 20 µg/m3 avant fin 2011).
La prévention est avant tout collective : enceinte confinée en dépression, systèmes de captage aux différents points d’émission des polluants, installation d’assainissement de l’air, sas équipé d’un système de captage au niveau du chargement des lampes, effort de maintenance continu, nettoyage des ateliers et des lieux de stockage "à l’humide" et éloignement des opérateurs des sources d’émission.
La prévention individuelle s’appuie sur un appareil de protection respiratoire filtrant doté de cartouches spécifiques de type Hg P3, le lavage systématique des mains et du visage avant les pauses dans des installations sanitaires appropriées, l’abandon en fin de journée des vêtements de travail dans des vestiaires adaptés, une douche à la fin du travail et la récupération des vêtement de ville placés dans un vestiaire séparé (les vêtements de travail étant entretenus par l’entreprise).
Le cas particulier du bris de lampes nécessite de s’éloigner de la zone d’émission, de ventiler puis d’intervenir équipé d’EPI adaptés pour nettoyer les débris. Une blessure cutanée suppose l’avis d’un médecin (les poudres pouvant provoquer des lésions locales inflammatoires importantes).
Les salariés de cette filière bénéficient d’une surveillance médicale renforcée comportant un examen neurologique, un examen cutanéo-muqueux, une étude de la fonction rénale, un bilan de l’appareil pulmonaire et éventuellement des dosages biométrologiques. Les femmes enceintes ou allaitantes ne sont pas autorisées à occuper ces postes. Le dossier médical sera conservé pendant 50 ans après la fin de l’exposition.
Les éventuelles maladies professionnelles seront reconnues selon les tableaux n°2 du régime général (exposition au mercure) et n°61 bis du régime général (exposition au cadmium).
La mise en place d’actions en faveur de l’environnement nécessiterait que soit intégrée en amont, la prise en compte de la prévention des risques professionnels.
(publié le 21 juillet 2011)