Signes cliniques et variations de l’activité de la cholinestérase plasmatique chez des travailleurs exposés aux pesticides

M. Araoud, F. Neffeti, W. Douki, H. Ben Hfaiedh, M. Akrout, M-F. Najjar, A. Kenani Environnement Risques Santé, ERS, 2014, vol.13, n°1, pp.60-66. Biblioraphie
L’activité cholinestérasique constitue un indicateur fiable et sensible d’une exposition aux pesticides organophosporés (OP) et/ou carbamates (CB).
L’étude présentée ici a pour objectif de contribuer à l’évaluation et l’appréciation des risques liés à l’exposition à long terme aux pesticides à partir des variations de l’activité de la cholinestérase plasmatique et des manifestations cliniques susceptibles d’être dues à l’exposition professionnelle aux pesticides.
L’étude a porté sur 110 travailleurs agricoles âgés de 18 à 78 ans exposés de façon chronique aux pesticides depuis 19 ± 11 ans et 97 témoins âgés de 24 à 65 ans non exposés directement aux pesticides et appariés en âge et en sexe avec le groupe de travailleurs et vivant tous dans le Sahel tunisien.
Sur le plan clinique, 44% des travailleurs exposés ont signalé des signes neurologiques et neuropsychiques, notamment des céphalées, un engourdissement des membres, de l’asthénie. 22% présentent des douleurs abdominales, 20% des douleurs des membres et du dos et 24% signalent des irritations oculaires. Ces symptômes sont cohérents avec ceux retrouvés dans la littérature.
L’activité moyenne de la cholinestérase plasmatique (PChE) est significativement plus basse chez les travailleurs par rapport aux témoins. Elle est diminuée chez les travailleurs exposés à des mélanges de pesticides OP-CB par rapport à ceux n’ayant utilisé que des CB. La variation de la PChE est également liée à la durée d’épandage et à l’ancienneté de l’exposition aux pesticides. C’est un bon biomarqueur d’effet de l’exposition aux pesticides et elle présente un intérêt certain pour la surveillance des travailleurs agricoles exposés de manière chronique à ces produits. Cependant, l’interprétation de l’activité de cette enzyme chez les travailleurs doit prendre en considération certains facteurs, notamment la nature des pesticides utilisés ainsi que la durée et l’ancienneté de l’exposition.
(publié le 26 mars 2014)