Surveillance biologique de l’exposition au phtalate de di-(2-éthylhexyle) (DEHP) dans six entreprises françaises

R. Gaudin, P. Marsan, S. Ndaw, A. Robert Références en Sa,né au Travail, 2013, n°133, pp.29-42. Bibliographie
Le DEHP a connu ces cinquante dernières années une consommation importante en raison de ses qualités de plastifiant de choix du polychlorure de vinyle. Il entre dans la formulation de nombreuses applications industrielles et domestiques : construction, automobile, habillement et matériel médical. La proportion de DEHP contenue dans le PVC dit "souple" est importante et varie de 20 à 50% en poids selon les multiples usages.
Le DEHP est principalement toxique pour la reproduction et a un effet de perturbation endocrinienne ; il est irritant pour les voies respiratoires et serait, selon certains chercheurs, un cancérogène possible pour l’homme.
Le DEHP pénètre dans l’organisme par voie respiratoire, digestive et cutanée. Sous l’action de lipases, ce DEHP est métabolisé en phtalate de mono (2-éthylhexyle), lui- même transformé rapidement au terme de multiples oxydations en métabolites oxydés secondaires.
L’excrétion urinaire des métabolites principaux est observée 4 heures après l’ingestion et l’élimination est quasi complète en 48 heures.
Afin de mieux connaître les niveaux d’exposition professionnelle à ce DEHP, l’INRS (Institut national de recherche et de sécurité) et le CEA (Commissariat à l’Énergie Atomique) ont mis au point une technique de dosage des métabolites urinaires réputés toxiques du DEHP. Il est alors possible de quantifier le phtalate de mono-(2-éthyhexyle) (MEHP), le phtalate de mono-(2-éthyl-5-carboxypentyle) (5cx-MEPP) et l’acide 2-éthylhexanoïque (2-EHA).
Une étude a ensuite été menée auprès d’entreprises produisant ou utilisant le DEHP.
6 entreprises ont accepté de participer et 62 travailleurs potentiellement en contact avec le DEHP et 39 personnes non exposées professionnellement ont fait l’objet de prélèvements (recueils urinaires en début et en fin de poste).
Cette étude révèle que les domaines de la préparation des "compounds" (granulés solides), de l’utilisation des plastisols et de la fabrication de papiers peints sont les plus exposants.
"Grâce au calcul des doses internes journalières, l’exposition des salariés a pu être comparée aux normes européenne (TDOI) et américaine (RfD) de dose quotidienne tolérable. Ceci a permis de proposer en l’absence de valeur limite biologique, deux valeurs guides pour le MEHP (150µg.g -1
de créatinine urinaire) et pour le 5cx -MEEP (280µg.g -1
de créatinine urinaire). Le 2-EHA, métabolite qualifié d’historique, apparaît comme moins spécifique car pouvant provenir d’autres substances chimiques.
(publié le 17 juillet 2013)