Perturbateurs endocriniens : contexte, dangers, sources d’exposition et prévention des risques en milieu professionnel

F. Pillière, M. Bouslama Références en Santé au Travail, 2016, n°148, pp.25-43. Bibliographie et annexe
En 2002, l’OMS définissait "un perturbateur endocrinien (PE) comme une substance (ou un mélange) exogène qui altère la (les) fonction(s) de l’appareil (du système) endocrinien et induit en conséquence des effets nocifs (adverses) sur la santé d’un organisme intact, ou de ses descendants, ou au sein de (sous) populations".
L’Anses propose de distinguer les PE en 3 catégories : PE "avérés", PE "présumés", PE "suspectés", les calquant sur les catégories cancérogènes, mutagènes et reprotoxiques.
Une perturbation endocrinienne n’est pas un effet toxique en soi, mais un mécanisme d’action entraînant un effet, et sous certains conditions, un effet nocif.
La France a été le premier pays à se doter d’une stratégie nationale sur les PE (SNPE) et la prise en compte des effets des PE a été intégrée dans l’ensemble de la réglementation européenne.
Les mécanismes d’action des PE "sont encore mal connus, sont complexes et vont au delà de la simple action sur les récepteurs hormonaux ou sur un organe spécifique". Les PE sont soupçonnés d’être à l’origine de nombreuses pathologies sans qu’il soit possible d’établir un lien causal. Il est question essentiellement de troubles de la reproduction, d’anomalies du développement, de cancers hormono-dépendants, de troubles de l’équilibre métabolique et de la fonction thyroïdienne.
Les PE potentiels ou avérés se retrouvent dans une grande diversité de produits de la vie quotidienne et appartiennent à de nombreuses familles chimiques ; ils se présentent sous forme de matières premières ou de déchets ou sous-produits émis par des procédés de transformation. Il s’agit essentiellement de bisphénols, de certains phtalates, de produits cosmétiques, de composés perfluorés, de produits phytosanitaires, de biocides, de métaux lourds, de produits de dégradation tels les hydrocarbures aromatiques polycycliques, mais aussi d’additifs alimentaires.
En milieu de travail, les expositions sont multiples, parfois importantes et le nombre de salariés exposés est probablement très élevé mais très peu d’études spécifiques ont été menées dans ce domaine. L’exposition est évaluée généralement de manière rétrospective par matrice emploi- expositions ou questionnaire.
Il n’existe pas à ce jour, de réglementation spécifique et il convient d’appliquer celle relative à l’exposition aux produits CMR (suppression du risque, à défaut réduction des expositions).
La mise en place d’un suivi médical spécifique des travailleurs potentiellement exposés aux PE est indispensable.
Le rôle du médecin du travail est essentiel dans le cadre de l’information et de la formation des salariés sur les risques pour la santé, des substances suspectées de perturbations endocriniennes et sur l’importance des mesures de prévention.
(publié le 7 mars 2017)