Toxicité des silices amorphes nanostructurées : état des connaissances et intérêt des biomarqueurs d’effets précoces dans la recherche

A. Radauceanu, Y. Guichard, M. Grzebyk Références en Santé au Travail, 2019, n°160, pp. 163-174. Bibliographie
Les silices amorphes synthétiques (SAS) sont des substances à l’état nanoparticulaire dont les caractéristiques permettent une multitude d’applications industrielles et biomédicales. Les SAS se situent au 2e rang des substances à l’état nanoparticulaire produites et/ou importées en France en 2017, après le noir de carbone.
1300 personnes travaillaient en 2007 à la production de ces SAS mais il est évident que le nombre a depuis, très largement augmenté.
Des revues récentes de la littérature des études toxicologiques ont conclu à des effets toxiques des SAS in vitro : cytotoxicité, transformations cellulaires, génotoxicité directe par action sur le matériel génétique ou secondaire à l’oxydation de l’ADN, cassures de l’ADN, dysfonctionnement des mitochondries, et in vivo : cytotoxicité médiée par le stress oxydant, pro-inflammation.
Ces effets toxiques seraient influencés par le type cellulaire, les conditions d’expérimentation et la voie d’administration.
Par analogie avec les particules ultrafines de la pollution atmosphérique, les nanoparticules intentionnelles produites ont les mêmes portes d’entrée et les mêmes organes cibles. Les nanoparticules pourraient effectuer un passage dans la circulation sanguine et lymphatique, suivi par une distribution confirmée pour le foie, la rate, le cœur, le rein, la moelle osseuse et potentiellement la barrière hématoencéphalitique, le placenta et le lait maternel.
Parallèlement, de nombreux dommages tissulaires et des réactions inflammatoires pourraient être à l’origine du développement de pathologies.
Les données toxicologiques disponibles ne permettent de statuer ni sur un effet chronique de l’exposition aux SAS ni sur une extrapolation chez l’homme. Il et dès lors difficile de conclure sur les effets en rapport avec l’exposition professionnelle.
C’est pour cela que l’INRS conduit de 2019 à 2023, une étude de biomarqueurs d’effets précoces de l’exposition aux SAS à partir de matrices biologiques recueillies en entreprise [condensat dans l’air expiré (CAE), sang, urines] pour explorer différents mécanismes physiopathologiques de toxicité, mais aussi de trouver un marqueur de l’inflammation broncho-pulmonaire (la fraction exhalée du monoxyde d’azote ?) et de tester la fiabilité nanométrique dans le CAE.
Les résultats de cette étude seront les premières données épidémiologiques chez les travailleurs actifs en rapport avec une exposition professionnelle actuelle et quantifiée aux SAS. Les résultats serviront à adapter les mesures de prévention.
(publié le 18 mars 2020)